Poèmes

Dans « Poèmes », Juliette Ferreira (flûtes) et Cyril Hugenot (piano) explorent un répertoire de musique contemporaine tissant un lien avec la poésie, intégrée directement ou indirectement aux pièces.

Ce concert vise également à rompre les limites dramaturgiques classiques en créant un spectacle unifié avec à la fois une utilisation déformée du temps et une considération de l’espace en opposition à la norme – la scène frontale.

 

PROGRAMME

Cyril Hugenot – LAC (pianiste parlant et live electronics)

Allain Gaussin – Ogive (flûte et piano)

Christopher Cerrone – Liminal Highway (flûtes et live electronics)

 

NOTE DE PROGRAMME

Cyril Hugenot – LAC 

pour pianiste parlant et live electronics

Cette oeuvre semi-improvisée et semi-composée cherche le contact entre la parole ou la diction et la musique ou l’intonation. Les lettres d’un seul mot sont étirées jusqu’à en perdre leur premier sens sémantique, pour en trouver un autre, purement musical.
Le « L » a une qualité très particulière et très changeante, suivant le placement de la langue sur le palet, faisant apparaitre multiples harmoniques de la note entonnée.
Le « A » est la lettre la plus ouverte ; la plus forte et la plus aggressive, mais aussi la plus détendue et résignée.
Finalement le « C » est un son sec, difficile, et qui, seul, ne trouve pas le sens de son existence…
En traversant et développant ces sonorités, l’image du « lac », prononcé en son entièreté, disparaîtra et peut-être réapparaîtra sous une autre, nouvelle forme.

Allain Gaussin – OGIVE 

pour flûte et piano

Cette œuvre tente de résoudre, dans un climat général très méditatif, une dualité culturelle entre deux traditions musicales quasi-antinomiques : l’une occidentale et l’autre extrême-orientale.

Le piano, par sa texture harmonique et son matériau complètement chromatisé, représente la première. Presque toute sa partie est écrite de façon ininterrompue en contrepoint enlacé à deux voix, parfois une troisième et une quatrième voix ont été ajoutées. La notation proposée (avec des ligatures horizontales ondulées) demande à l’interprète de trouver un phrasé rythmique qui lui est propre.

A l’opposé, la flûte, très linéaire et modale, s’inspirant un peu de la flûte “Shakuhachi” des musiques bouddhiques zen, évoque la culture extrême-orientale. Son rôle essentiel est de donner, dans un Temps musical beaucoup plus étiré, une autre dimension à la phrase musicale. Celle-ci est le lieu privilégié de tensions et de détentes musicalement exprimées par des mouvements mélismatiques croissants ou décroissants, des anacrouses et des désinences très allongées, une accentuation développée…

Vers les trois-quarts de l’œuvre, et de façon progressive, ces deux mondes musicaux vont se rejoindre en un point culminant très intense pour ne former qu’un seul et unique matériau musical, à l’image des clefs de voûte en “ogive” des cathédrales gothiques.

Poème

Suite à la vie où tend chaque être, renversons lesprit de fuite aux sources de la connaissance.
Saut fragile sur les larges sphères érosives de limaginaire.

                        Appel en sève

                        Eclat condensé

Ici les vagues ivres de la mémoire grattent obstinément. Dissidence ouverte sur le champ
vierge auréolé. Luxure du temps où les rênes intimes se livrent.

                      Effort très lent  –  Migration intense

-Allain Gaussin

 

Christopher Cerrone – LIMINAL HIGHWAY

Pour flûte et live electronics

Cerrone a tiré le titre de sa nouvelle œuvre d’un poème du musicien canadien de rock indépendant John K. Samson, qui commence par la phrase « when you fall asleep in transit » (« quand vous vous endormez dans les transports. »). Chacun des cinq mouvements de la pièce est sous-titré d’après un vers particulier du poème.

Écrit pour un piccolo en flatterzunge, le premier mouvement est fait de couches et de boucles délicates. Le deuxième mouvement, percutant, est joué avec des bruits des clefs de la flûte, alors que l’embouchure est dirigée vers le microphone, ce qui équivaut à une reconstruction de ce geste archétypal de la flûte, le trille.
Dans le troisième mouvement, Cerrone alterne deux types de réverbération (y compris ce qui a été documenté par le Livre Guinness des records comme “la plus longue réverbération naturelle du monde”, provenant d’une plate-forme pétrolière dans les Highlands écossais) pour créer un son qui se désintègre continuellement. Sur la note aiguë résonnante, le flûtiste joue un simple choral de multiphoniques ; le processus est ensuite inversé et le son est réassemblé en une attaque explosive qui fait la transition vers le quatrième mouvement – comme le deuxième, percutant et hautement rythmique avec ses bruits de clefs. Ce n’est qu’à partir de ce mouvement que le flûtiste produit un son “ordinaire”, qui se développe en un effet de chœur dans le point culminant dramatique de la pièce.

Liminal Highway se termine par une réécriture du piccolo en flatterzunge du premier mouvement, mais maintenant mélangé à ce que Cerrone appelle “la brume de la longue attaque du troisième mouvement”. Ici, le flûtiste incorpore une autre source sonore, en soufflant dans un ensemble de bouteilles de bière montées – l’instrument est à nouveau transformé.